{"id":116,"date":"2017-03-17T17:31:00","date_gmt":"2017-03-17T17:31:00","guid":{"rendered":"https:\/\/philipp-larsen.fr\/?p=116"},"modified":"2025-12-22T17:56:21","modified_gmt":"2025-12-22T17:56:21","slug":"un-pont","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/philipp-larsen.fr\/index.php\/2017\/03\/17\/un-pont\/","title":{"rendered":"Un pont"},"content":{"rendered":"<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"290\" height=\"174\" src=\"https:\/\/philipp-larsen.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Jonathan-Meese.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-117\"\/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La visite d&rsquo;une exposition d&rsquo;art contemporain (Jonathan Meese au Carr\u00e9 Saint Anne) il y a deux jours \u00e0 Montpellier m&rsquo;a inspir\u00e9 un texte que j&rsquo;avais \u00e9bauch\u00e9 il y a quelques ann\u00e9es. L&rsquo;amoncellement d&rsquo;objets h\u00e9t\u00e9roclites, les assemblages improbables, les pistes innombrables qui nous emm\u00e8nent dans un labyrinthe ind\u00e9chiffrable, ont fait \u00e9cho \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat de mon cerveau, qui, parfois, ressemble \u00e0 un garage de pavillon de banlieue dans lequel on aurait accumul\u00e9 les traces de notre vie sans soucis d&rsquo;agencement, de logique ou m\u00eame d&rsquo;esth\u00e9tique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J&rsquo;ai ainsi eu l&rsquo;impression d&rsquo;entrer \u00e0 l&rsquo;improviste dans le cerveau d&rsquo;un inconnu et d&rsquo;y d\u00e9ambuler. De me perdre par effraction dans les m\u00e9andres d&rsquo;un esprit foisonnant et baroque.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mon psy, acari\u00e2tre hippophage, en qui j&rsquo;ai une confiance limit\u00e9e, mes affinit\u00e9s avec la race \u00e9quine n&rsquo;\u00e9tant pas \u00e9trang\u00e8res \u00e0 cela, m&rsquo;a dit&nbsp;un jour :<br>&#8211; \u00a0\u00bbPour commencer, si vous voulez vous en sortir, il faut \u00e9crire tout ce qui vous passe par la t\u00eate\u00a0\u00bb<br>Le probl\u00e8me est que je n&rsquo;ai rien qui passe par la t\u00eate car ce qui est entr\u00e9 refuse de sortir. La moindre insignifiante information se stocke o\u00f9 elle peut sans respecter quelque protocole de rangement que ce soit. A croire que mon cerveau est un espace confortable et accueillant, sorte de havre pour id\u00e9es obsol\u00e8tes, objets d\u00e9class\u00e9s, concepts oubli\u00e9s et autres contradictions inutilisables. R\u00e9sultat&nbsp;: ma t\u00eate est un v\u00e9ritable capharna\u00fcm, une caverne d&rsquo;Ali Baba o\u00f9 l&rsquo;essentiel, le vital, c\u00f4toie le d\u00e9risoire, le m\u00e9prisable. Alors, \u00e9crire sur ce qui me passe par la t\u00eate risque de d\u00e9cevoir le Freudien praticien.Admettons que je joue le jeu. Si je prends ce que j&rsquo;aper\u00e7ois le plus pr\u00eat de l&rsquo;entr\u00e9e, l\u00e0 o\u00f9 les neurones sont en courant d&rsquo;air permanent, c&rsquo;est un pont. Bon. C&rsquo;est con un pont. Qu&rsquo;est-ce que vous voulez que j&rsquo;\u00e9crive sur un pont. Il est l\u00e0, inerte, camp\u00e9 dans mon h\u00e9misph\u00e8re gauche, parasitant un bon millions de neurones. Il ne paye pas de mine, le tablier terne et poussi\u00e9reux, les jambes \u00e9cart\u00e9es &#8211; \u00e0 la mani\u00e8re d&rsquo;un vieux cow-boy cacochyme us\u00e9 par la prairie et les vents du Wyoming &#8211; pour laisser s&rsquo;\u00e9couler une hypoth\u00e9tique rivi\u00e8re. Bien s\u00fbr, il pourrait y avoir, accoud\u00e9s au parapet deux enfants japonais, un trait pour la bouche et deux billes pour les yeux, exfiltr\u00e9s d&rsquo;un manga tokyo\u00efte, quelques bigouden aux formes g\u00e9n\u00e9reuses le traversant sur des v\u00e9los r\u00e9tros, leurs coiffes dress\u00e9es comme autant de menhirs d\u00e9fiant le ciel de leurs pointes granitiques. Il pourrait y avoir&#8230;.<br>Il suffit d&rsquo;extraire un objet, une id\u00e9e de mon fatras c\u00e9r\u00e9bral pour qu&rsquo;aussit\u00f4t, profitant de l&rsquo;entreb\u00e2illement de cette porte virtuelle, s&rsquo;agglutinent d&rsquo;autres objets ou id\u00e9es associ\u00e9s. Ainsi \u00e0 peine ai-je commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9voqu\u00e9 ce pont banal que d\u00e9j\u00e0 le Pont du Gard, le Pont d&rsquo;Avignon, le Golden Gate, le pont de Brooklyn se mettent sur les rangs dans un vacarme insupportable. M\u00eame le pont de la rivi\u00e8re Kwai, en piteux \u00e9tat apr\u00e8s l&rsquo;explosion s&rsquo;invite sans y avoir \u00e9t\u00e9 convi\u00e9. Et de quoi ai-je l&rsquo;air maintenant avec tous ces ponts qui n&rsquo;en finissent pas d&rsquo;enjamber fleuves, ruisseaux, bras de mer et autres flux aqueux&nbsp; ? Les assembler en une improbable installation \u00e0 la Tinguely, les empiler, les aligner, les embo\u00eeter, les enfouir dans le sable humide et grumeleux d&rsquo;une plage de l&rsquo;\u00eele de Vancouver et pr\u00e9tendre que je ne suis au courant de rien. A moins que je ne les emballe dans la fine gaze de cirrus d&rsquo;altitude, leur donnant l&rsquo;allure de barbe-\u00e0-papa, que je les tire outre-atlantique \u00e0 l&rsquo;aide de fils d&rsquo;araign\u00e9e lov\u00e9s sur les pentes rugueuses de mon occiput et les abandonne dans les brumes fondues aux vagues de l&rsquo;\u00eele de Terre Neuve.<br>Et, ainsi all\u00e9g\u00e9, pourrais-je reprendre le cours de mon existence jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;un aliz\u00e9 occipital ou pari\u00e9tal ne vienne de nouveau bousculer un fantasme oubli\u00e9, un vieux souvenir d\u00e9pareill\u00e9 ou une envie inassouvie.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La visite d&rsquo;une exposition d&rsquo;art contemporain (Jonathan Meese au Carr\u00e9 Saint Anne) il y a deux jours \u00e0 Montpellier m&rsquo;a inspir\u00e9 un texte que j&rsquo;avais \u00e9bauch\u00e9 il y a quelques ann\u00e9es. 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