{"id":143,"date":"2020-01-30T11:35:00","date_gmt":"2020-01-30T11:35:00","guid":{"rendered":"https:\/\/philipp-larsen.fr\/?p=143"},"modified":"2025-12-23T11:36:13","modified_gmt":"2025-12-23T11:36:13","slug":"a-ma-mere","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/philipp-larsen.fr\/index.php\/2020\/01\/30\/a-ma-mere\/","title":{"rendered":"A ma m\u00e8re"},"content":{"rendered":"<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"195\" height=\"200\" src=\"https:\/\/philipp-larsen.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Anne-Marie.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-144\"\/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le th\u00e9\u00e2tre, la peinture et l&rsquo;\u00e9criture avec une dizaine de romans ont habit\u00e9 sa vie. Pour moi, elle \u00e9tait avant tout une m\u00e8re, une maman pleine de vie et d&rsquo;\u00e9nergie. Je la croyais immortelle. Elle est partie le 18 janvier. J&rsquo;ai h\u00e9sit\u00e9 avant de publier ce texte qui l&rsquo;a accompagn\u00e9 le jour de la c\u00e9r\u00e9monie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">______________<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un ange passe, un autre l&rsquo;interpelle<br>\u00ab Tu as vu comme elle a bien v\u00e9cu ? \u00bb<br>Il sourit et passe son chemin.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tout \u00e0 coup, il faudrait bannir le pr\u00e9sent, ignorer le futur et se contenter de conjuguer au pass\u00e9 tr\u00e8s imparfait.Il nous faudrait sans rien dire passer \u00e0 l&rsquo;heure d&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 et plonger dans le silence de ta nuit.Parce que ton c\u0153ur s&rsquo;est arr\u00eat\u00e9 comme un r\u00e9veil d\u00e9r\u00e9gl\u00e9 et que personne n&rsquo;est horloger des \u00e2mes fatigu\u00e9es.Pas question de r\u00e9sumer une vie et telle une compression de C\u00e9sar la r\u00e9duire \u00e0 trente lignes sur un papier froiss\u00e9.<br>Tu m\u00e9rites mieux que cela, toi femme d&rsquo;extravagance, d&rsquo;audace et d&rsquo;inventivit\u00e9, m\u00e8re poule, maman courage, d&rsquo;amour et d&rsquo;humour, compagne des jours en demi teinte, \u00e9pouse des moments heureux, des vacances en Espagne, des danses tyroliennes, des campagnes bourguignonnes, des soir\u00e9es entre amis.Les phrases bien ordonn\u00e9es, adverbes align\u00e9s et compl\u00e9ments au garde-\u00e0-vous, gardons les pour les rapports de synth\u00e8se, les comptes rendus l\u00e9nifiants, les courriers administratifs car ils ne te ressemblent pas.<br><br>Aujourd&rsquo;hui, tu as droit au grand charivari des mots, \u00e0 la kermesse du verbe fac\u00e9tieux conjugu\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9touff\u00e9, au salmigondis d&rsquo;adjectifs en julienne, au v\u00e9lin de luxe scarifi\u00e9 \u00e0 l&rsquo;encre de Chine en arabesques \u00e9motionnelles.Aujourd&rsquo;hui nous voulons voyager avec toi sur un torrent tumultueux qui \u00e9bouriffe tes yeux en \u00e9clats azur\u00e9s, traverser des nuages de poussi\u00e8res d&rsquo;\u00e9toiles, prendre les r\u00eanes d&rsquo;un quadrige \u00e0 fendre le vent pour te soustraire \u00e0 la tristesse, faire flotter ta blondeur au creux de nos m\u00e9moires.<br>Nourrie de tout, curieuse de tout, gourmande de tout, tu es l&rsquo;insatiable, l&rsquo;\u00e9picurienne des Art d\u00e9coratifs, la boulimique du Grand Palais, la croqueuse de mus\u00e9es, la d\u00e9voreuse de culture&#8230; L&rsquo;envie de conna\u00eetre, de go\u00fbter un inventaire \u00e0 la Pr\u00e9vert des arts et des artistes, une improbable carte des desserts de l&rsquo;esth\u00e9tique sur laquelle Pirandello esquisserait un pas de deux avec Caillebotte, o\u00f9 la cit\u00e9 Interdite ferait alliance avec le Mont Saint Michel, o\u00f9 Rodin boirait un petit cr\u00e8me avec Sisley et Amad\u00e9us, accoud\u00e9s au zinc patin\u00e9 d&rsquo;un comptoir parisien.Dana\u00efde maternante, d&rsquo;amour tu nous a remplis, inlassablement et sans condition. Tes rires ont gliss\u00e9 sur nos peaux en caresses velout\u00e9es et construit notre patrimoine \u00e0 aimer.Tu as jou\u00e9 de la voix, br\u00fbl\u00e9 les planches, \u00e9crit, nous as \u00e9tourdi, ton imaginaire a d\u00e9ferl\u00e9 de page en page, donnant vie \u00e0 Lucie, \u00e0 Louise et tous les autres, attisant les braises d&rsquo;une grammaire romanesque.<br>Bretonne tu fus, Bretonne tu es, plongeant dans les \u00e9cumes atlantiques, surfant les houles salines, posant ta main sur la carcasse rugueuse de calvaires granitiques. Ton pied terrien \u00e0 fr\u00f4l\u00e9 le bois arc-bout\u00e9 de chalutiers malmen\u00e9s par le large. Tu as grand ouvert les yeux sur la lumi\u00e8re oc\u00e9ane, a \u00e9grain\u00e9 le sable en pluies silicieuses comme si tu manipulais le sablier du monde.Sortis des pages de ton imaginaire fertile, tes personnages se sont invit\u00e9s aujourd&rsquo;hui. Ils donnent la main \u00e0 tous tes amis r\u00e9unis, \u00e0 ta famille et amorcent une valse lente.Femme de spectacle, le rideau est retomb\u00e9 sur ta derni\u00e8re r\u00e9plique murmur\u00e9e sur les planches d&rsquo;un th\u00e9\u00e2tre d&rsquo;ombres pr\u00e9sid\u00e9 par H\u00e9cate, d\u00e9esse de la lune, r\u00e9gisseuse de la nuit.Dans les coulisses nous te disons merci, dans les coulisses, \u00e0 l&rsquo;abri du temps, merci d&rsquo;\u00eatre venue, merci de nous avoir illumin\u00e9s et d&rsquo;imprimer en nous cette lumi\u00e8re pr\u00e9gnante, merci d&rsquo;avoir guid\u00e9 nos pas et l\u00e2ch\u00e9 nos mains pour que nous tracions nos propres sillons.Et vous, qui que vous soyez, quelque langue que vous parliez, o\u00f9 que vous soyez, l\u00e0-bas, l\u00e0-haut, assis sur l&rsquo;arrondi d&rsquo;un arc-en-ciel ou dans les replis d&rsquo;une com\u00e8te assoupie, prenez soin d&rsquo;elle avec bienveillance et, surtout, ne lui permettez pas d&rsquo;avoir peur.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le th\u00e9\u00e2tre, la peinture et l&rsquo;\u00e9criture avec une dizaine de romans ont habit\u00e9 sa vie. 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