{"id":162,"date":"2021-09-11T17:04:00","date_gmt":"2021-09-11T17:04:00","guid":{"rendered":"https:\/\/philipp-larsen.fr\/?p=162"},"modified":"2025-12-23T17:05:27","modified_gmt":"2025-12-23T17:05:27","slug":"lattente","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/philipp-larsen.fr\/index.php\/2021\/09\/11\/lattente\/","title":{"rendered":"L&rsquo;attente"},"content":{"rendered":"<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"260\" height=\"194\" src=\"https:\/\/philipp-larsen.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/attente.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-163\"\/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Elle est depuis longtemps dans cet h\u00f4tel de verre, cath\u00e9drale transparente d\u00e9fiant les nuages les plus bas, dans la suite 2404, surplombant le pass\u00e9.<br><br>De l\u00e0-haut, elle observe les trains de nuit qui quittent la gare. Leur \u0153il cyclopique arrose les rails d&rsquo;une lumi\u00e8re \u00e9lectrique. Ils transportent les souvenirs de l&rsquo;humanit\u00e9, les conduisant dans les silos de l&rsquo;oubli ou aux archives m\u00e9morielles. Le trafic est intense, incessant. Les trains qui partent sont remplac\u00e9s par d&rsquo;autres qui arrivent pour alimenter le pr\u00e9sent.<br><br>Elle l&rsquo;attend , Lui, jour apr\u00e8s jour. A force d&rsquo;attendre, elle a le sentiment de devenir l&rsquo;Attente. Elle sait qu&rsquo;il viendra, pourtant, et qu&rsquo;ensemble ils quitteront l&rsquo;h\u00f4tel pour un voyage \u00e9ternel. Un jour. Parfois, elle descend au bar, ignore l&rsquo;ascenseur et emprunte l&rsquo;escalier-alphabet. Elle ne ma\u00eetrise pas la langue locale et les mots de ses pas son vains, d\u00e9nu\u00e9s de sens. <br><br>L&rsquo;h\u00f4tel diffuse la musique d&rsquo;un orgue de cristal qui se r\u00e9pand dans les salons, les couloirs et d\u00e9pose son voile harmonique sur le d\u00e9cor standardis\u00e9. <br><br>Le barman jeune, jean et allure d\u00e9contract\u00e9e, qu&rsquo;elle sait \u00eatre un agent du Temps, secoue un shaker argent\u00e9, verse un liquide orang\u00e9 dans une coupe conique qu&rsquo;il pousse vers elle. Elle enveloppe la paille de ses l\u00e8vres luisantes et sirote le cocktail, le regard perdu sur l&rsquo;horizon des si\u00e8ges en cuir. <br>Elle voit \u00e0 peine les autres clients. Des couples flirtent, ber\u00e7ant leurs illusions \u00e0 l&rsquo;intersection de leurs regards amoureux. Des hommes d&rsquo;affaires grugent d&rsquo;autres hommes d&rsquo;affaires, picorant l&rsquo;avantage comme des alouettes sans miroir. <br><br>Elle remonte dans sa suite. L&rsquo;ascenseur se hisse dans un feulement hydraulique et la d\u00e9pose l\u00e0 haut. Seule. S&rsquo;approche de la fen\u00eatre. Les trains toujours, ballets d&rsquo;essieux, pantomime des wagons luisant de m\u00e9tal. Seule. Dans l&rsquo;attente. Et puis, cette silhouette, tout en bas, reconnaissable entre des milliers. Minuscule au pied du gratte-ciel. Absorb\u00e9e par la base de l&rsquo;immeuble. Des minutes, plus longues que des jours de solstice d&rsquo;\u00e9t\u00e9.<br><br>Un pas dans le couloir. Des coups \u00e0 la porte comme un pic-vert fouillant l&rsquo;\u00e9corce.<br><br>Alors l&rsquo;attente, obsol\u00e8te, se drape en aurore bor\u00e9ale et, sans bruit, s&rsquo;\u00e9vapore au-dessus de la ville.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Elle est depuis longtemps dans cet h\u00f4tel de verre, cath\u00e9drale transparente d\u00e9fiant les nuages les plus bas, dans la suite 2404, surplombant le pass\u00e9. 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