{"id":173,"date":"2021-11-11T17:21:00","date_gmt":"2021-11-11T17:21:00","guid":{"rendered":"https:\/\/philipp-larsen.fr\/?p=173"},"modified":"2025-12-23T17:21:33","modified_gmt":"2025-12-23T17:21:33","slug":"echelle-memorielle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/philipp-larsen.fr\/index.php\/2021\/11\/11\/echelle-memorielle\/","title":{"rendered":"Echelle m\u00e9morielle"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"640\" height=\"257\" src=\"http:\/\/philipp-larsen.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/falaise.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-174\" srcset=\"https:\/\/philipp-larsen.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/falaise.jpg 640w, https:\/\/philipp-larsen.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/falaise-300x120.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 640px) 100vw, 640px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;Autre, assis dans un fauteuil en cuir craquel\u00e9 me fixait, dans l&rsquo;attente, un sourire narquois sous sa pommette scarifi\u00e9e.Je remontai alors l&rsquo;\u00e9chelle de ma semaine pass\u00e9e, encourageant par quelques battements de cils mon hippocampe fatigu\u00e9. L&rsquo;\u00e9chelon du lundi f\u00fbt facile. Je revoyais les miettes de pain agenc\u00e9es sur la toile cir\u00e9e aux couleurs ternies par le temps en un sinueux chemin muletier.Le barreau du dimanche s&rsquo;av\u00e9ra \u00e9galement un jeu d&rsquo;enfant. Lorsque j&rsquo;avais gravi ce phare, les ar\u00eates vives des marches \u00e9taient soudain devenues les stries d&rsquo;un coquillage, agenc\u00e9es dans la hauteur de cette vigie atlantique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Samedi. Je fis une pause \u00e0 ce niveau car tout se brouillait, devenait confus. Calquant ma respiration sur le rythme d&rsquo;une branche qui frappait la vitre \u00e0 l&rsquo;unisson du vent, j&rsquo;extirpai la fugace vision d&rsquo;une tache de chocolat aux commissures des l\u00e8vres d&rsquo;un enfant au sourire triste, dans une ruelle de Kyoto..<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Vendredi. L&rsquo;Autre ne m&rsquo;avait pas quitt\u00e9 des yeux, se d\u00e9lectant d&rsquo;avance de ma probable chute. Se souvenir. Il le fallait. Dans le creux d&rsquo;une houle ber\u00e7ante, il y avait ce bois flott\u00e9 charg\u00e9 de mon parcours, branche de la baie Cheasapeake arrach\u00e9e par le vent, un bout d&rsquo;Am\u00e9rique ponc\u00e9e par l&rsquo;oubli \u00e0 la d\u00e9rive des courants de mon histoire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;\u00e9chelon du jeudi f\u00fbt une torture pour mon esprit fatigu\u00e9. L&rsquo;\u00e9chelle du souvenir vacillait. Les barreaux avaient la mollesse de montres surr\u00e9alistes. Se rappeler. R\u00e9ussir. Aller tout en haut de cette \u00e9chelle de la m\u00e9moire, quel qu&rsquo;en soit le prix. Prouver \u00e0 l&rsquo;Autre que je pouvais r\u00e9animer mes souvenirs. Alors un morceau d&rsquo;\u00e9toffe m&rsquo;apparut. Un tissu l\u00e9ger qui m&rsquo;avait fr\u00f4l\u00e9 dans l&rsquo;all\u00e9e du bazaar de Samarcande. Au bout de ce tissu si fragile, impr\u00e9gn\u00e9 d&rsquo;une fragrance d\u00e9licate, un visage de femme, \u00e9vanescent, trac\u00e9 \u00e0 l&rsquo;encre de brume.Le barreau mercredi tremblait sous mon poids mais l&rsquo;altitude avait lib\u00e9r\u00e9 un peu de la gravit\u00e9 et je ressentais une l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 inhabituelle et bienfaitrice. Une brise m\u00e9morielle caressait mon visage et mes \u00e9paules. Le visage de femme se pr\u00e9cisa, sortit de la fugacit\u00e9 des songes. Un corps se dessina et une musique aux divines harmonies m&rsquo;enveloppa. Je fis un pas pour atteindre le dernier \u00e9chelon, celui du mardi, d\u00e9j\u00e0 si haut que l&rsquo;Autre avait disparu de mon champ de vision. Et je la vis, artiste \u00e0 la chevelure arachn\u00e9enne, sous un feu de projecteur. Une beaut\u00e9 isol\u00e9e dans une mer de lumi\u00e8re. Je lui tendais la main et nous sortions marcher sur la falaise dans la nuit. L&rsquo;air \u00e9tait doux et l&rsquo;oc\u00e9an pacifique, vu des hauteurs de Wakayama, lan\u00e7ait des s.o.s d&rsquo;argent depuis la cr\u00eate des vagues.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il n&rsquo;y avait plus d&rsquo;\u00e9chelon \u00e0 grimper. J&rsquo;avais atteint le plus beau moment de ma m\u00e9moire et comptais bien m&rsquo;y installer, pour toujours. Nous nous ass\u00eemes, dans le silence, r\u00e9unis dans cette \u00e9ternit\u00e9 qui nous \u00e9tait offerte.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;Autre, assis dans un fauteuil en cuir craquel\u00e9 me fixait, dans l&rsquo;attente, un sourire narquois sous sa pommette scarifi\u00e9e.Je remontai alors l&rsquo;\u00e9chelle de ma semaine pass\u00e9e, encourageant par quelques battements de cils mon hippocampe&#46;&#46;&#46;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":174,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-173","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-textes"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/philipp-larsen.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/173","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/philipp-larsen.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/philipp-larsen.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/philipp-larsen.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/philipp-larsen.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=173"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/philipp-larsen.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/173\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":175,"href":"https:\/\/philipp-larsen.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/173\/revisions\/175"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/philipp-larsen.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/174"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/philipp-larsen.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=173"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/philipp-larsen.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=173"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/philipp-larsen.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=173"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}