{"id":211,"date":"2023-05-02T16:59:00","date_gmt":"2023-05-02T16:59:00","guid":{"rendered":"https:\/\/philipp-larsen.fr\/?p=211"},"modified":"2025-12-29T17:00:12","modified_gmt":"2025-12-29T17:00:12","slug":"loiseau-metallique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/philipp-larsen.fr\/index.php\/2023\/05\/02\/loiseau-metallique\/","title":{"rendered":"L&rsquo;oiseau m\u00e9tallique"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"640\" height=\"480\" src=\"https:\/\/philipp-larsen.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/oiseaumetallique.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-212\" srcset=\"https:\/\/philipp-larsen.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/oiseaumetallique.jpg 640w, https:\/\/philipp-larsen.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/oiseaumetallique-300x225.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 640px) 100vw, 640px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J&rsquo;ai fait ce voyage dans la soute de mon r\u00eave, non pressuris\u00e9e. L&rsquo;air devenu rare, mes oreilles ont siffl\u00e9 des toccata suraigu\u00ebs<br><br>J&rsquo;ai descendu les marches du sommeil paradoxal, franchi les limbes du songe profond et mes pas m&rsquo;ont pouss\u00e9 l\u00e0. J&rsquo;ai froid. Il fait sombre et humide. Au bout de quelques secondes je commence \u00e0 m&rsquo;habituer \u00e0 l&rsquo;obscurit\u00e9. Je n&rsquo;ai d&rsquo;autre alternative que d&rsquo;avancer. Une douce plainte d&rsquo;alto baroque accompagne mes pas. Dans ce sous-sol humide, ce probable ancien parking, je contourne des piliers de b\u00e9ton. Le temps semble fig\u00e9 dans les ann\u00e9es 60. De vieux breaks Chevrolet couverts de poussi\u00e8re, aux habillages de bois sur les c\u00f4t\u00e9s tiennent lieu de trace de civilisation et je m&rsquo;en contente. Une vague lumi\u00e8re vacille au fond du parking, m&rsquo;attire, comme le photophore aimante les lucioles. Une cage de verre d\u00e9poli plant\u00e9e l\u00e0. Le nez coll\u00e9 \u00e0 la vitre je d\u00e9couvre un vieil homme la peau scarifi\u00e9e de crevasses d&rsquo;\u00e2ge. Le regard vide il peint une toile translucide au centre de la pi\u00e8ce. Ce r\u00eave ne me pla\u00eet pas mais pas de retour possible, r\u00eave non \u00e9changeable et non remboursable. Je dois boire la coupe jusqu&rsquo;\u00e0 la lie. <br><br>Au-del\u00e0 de la cage de verre d&rsquo;autres soubassements, familiers, ceux de mon ancienne maison. Je ne suis plus chez moi, les vo\u00fbtes en pierre ont \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9es par du b\u00e9ton froid et je sens que je ne serais pas le bienvenu. L&rsquo;hostilit\u00e9 suinte des murs. Le danger est palpable. Je dois me cacher, mon c\u0153ur cr\u00e9pite de peur, des voix agressives me traquent, violation de propri\u00e9t\u00e9, condamnation \u00e0 \u00eatre momifi\u00e9 dans mon propre r\u00eave. Une trappe salvatrice b\u00e9e \u00e0 mes pieds, je plonge dans un noir \u00e9pais et visqueux. Putain de r\u00eave.<br><br>Sorti du vortex, je roule aux limites du compteur. Nous traversons l&rsquo;Allemagne, champs d&rsquo;\u00e9oliennes align\u00e9es, arm\u00e9e brassant du vent de pale en pale. Elle pose sa main chaude sur ma nuque. Comment peut-elle avoir rejoint mon r\u00eave, par quelle porte d\u00e9rob\u00e9e ? Je me damnerais pour cet instant de chaleur irradiante. SA main enveloppe mon cou. J&rsquo;acc\u00e9l\u00e8re de plaisir. Sa pr\u00e9sence me galvanise et je me grise d&rsquo;Autobahn \u00e0 grande vitesse avant une petite route de campagne. Schwartzwald, For\u00eat Noire, d\u00e9paysante de germanisme pastoral.<br><br>Mes parents nous attendent \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur d&rsquo;un caf\u00e9, un Stube traditionnel. Que font-ils l\u00e0 ? Ils sont morts. C&rsquo;est ill\u00e9gal. Ils ont feint\u00e9 l&rsquo;Ankou, ces rebelles tr\u00e9pass\u00e9s ! J&rsquo;aime \u00e7a. Ils m&rsquo;ont donn\u00e9 une app\u00e9tence pour l&rsquo;insoumission telle une louve donnerait le go\u00fbt du sang \u00e0 sa meute de louveteaux. Ils ont plant\u00e9 en moi la graine de l&rsquo;anarchie. Les ours ne font pas des brebis. Dans le caf\u00e9 un spectacle commence. Th\u00e9\u00e2tre d&rsquo;ombres perfus\u00e9 sous quatuor \u00e0 cordes. Le violoncelliste ressemble \u00e0 mon professeur d&rsquo;allemand de mes ann\u00e9es lyc\u00e9e, revisit\u00e9 par Giacometti. Corps sans fin tortur\u00e9 telle une liane racornie de s\u00e9cheresse. Et Elle, assise \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi, a pris ma main poussant l&rsquo;Amour dans mon syst\u00e8me vasculaire. Dans l&rsquo;apesanteur de ce bonheur fragile, je ferme les yeux. Septi\u00e8me symphonie de Beethoven version all\u00e9g\u00e9e, il manque des renforts. Second mouvement lancinant, labourant ma sensibilit\u00e9 de ses harmonies, \u00ab allegretto \u00bb annonce le premier violon italien, \u00ab Amaretto sans glace \u00bb r\u00e9torque le barman. De la beaut\u00e9 sourdent mes larmes, elles coulent d&rsquo;abondance, creusent \u00e0 mes pieds dans le parquet us\u00e9 la faille de San Jos\u00e9 dans laquelle je m&rsquo;ab\u00eeme en chute libre. Je n&rsquo;\u00e9chapperais donc pas au sous-sol ? Est-ce ma condamnation ? Me voici \u00e0 nouveau dans la p\u00e9nombre du parking d\u00e9saffect\u00e9 pour \u00e9chapper \u00e0 la dictature de surface, aux \u00e9radications de po\u00e8tes, aux pogromes de r\u00eaveurs, \u00e0 la pacification Orw\u00e9lienne. <br>Un oiseau de m\u00e9tal, n\u00e9 de l&rsquo;imagination d&rsquo;un Tinguely troglodytique, circule sur un rail de fer bruyant. Il contourne les poteaux du parking en croassant de ses articulations m\u00e9talliques, hurlant qu&rsquo;on le lib\u00e8re. La symphonie est toujours l\u00e0, pr\u00e9gnante, vivante, vibratoire, jubilatoire. Imposant ses coups d&rsquo;archets. Elle me remplit et j&rsquo;ai l&rsquo;impression de sentir la joie. <br>Le vieil homme peint toujours, insensible. Quelque chose \u00e0 chang\u00e9. Cette fois il ose la couleur et ses dents al\u00e9atoires sont l&rsquo;arri\u00e8re plan d&rsquo;un sourire. Est-ce un r\u00eave dans le r\u00eave, matriochka de songes embo\u00eet\u00e9s ? <br>Avant que pointe le jour, j&rsquo;ai creus\u00e9 la vague sc\u00e9l\u00e9rate du cauchemar \u00e0 la force de ma peur, \u00e9cume apr\u00e8s \u00e9cume.<br>Je me r\u00e9veille en sueur d&rsquo;Elle, aspir\u00e9 dans sa chevelure arachn\u00e9enne, coll\u00e9 de bouche \u00e0 son cou tendre, ma main \u00e0 l&rsquo;\u00e9coute de son ventre chaud et palpitant. <br>Je me r\u00e9veille. <br>Comme chaque matin, les deux soleils se l\u00e8vent, le bleu et l&rsquo;orang\u00e9. <br>Un jour ordinaire commence.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>J&rsquo;ai fait ce voyage dans la soute de mon r\u00eave, non pressuris\u00e9e. 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