{"id":214,"date":"2023-05-30T17:03:00","date_gmt":"2023-05-30T17:03:00","guid":{"rendered":"https:\/\/philipp-larsen.fr\/?p=214"},"modified":"2025-12-29T17:04:56","modified_gmt":"2025-12-29T17:04:56","slug":"la-banlancoire-du-temps-perdu","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/philipp-larsen.fr\/index.php\/2023\/05\/30\/la-banlancoire-du-temps-perdu\/","title":{"rendered":"La balan\u00e7oire du temps perdu"},"content":{"rendered":"<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"414\" height=\"339\" src=\"https:\/\/philipp-larsen.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/balancoire-buttes.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-215\" srcset=\"https:\/\/philipp-larsen.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/balancoire-buttes.jpg 414w, https:\/\/philipp-larsen.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/balancoire-buttes-300x246.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 414px) 100vw, 414px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le chaos c\u00e9r\u00e9bral qui se joue de synapse en synapse, dans mes couloirs neuroniques ressemble un peu \u00e0 l&rsquo;arriv\u00e9e dans un bazar de jouets tenu par un prox\u00e9n\u00e8te infirme. Je fouille sans but pr\u00e9cis, arpente les coursives intemporelles, enfonce la main dans des filets poiss\u00e9s d&rsquo;histoire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une vielle photo, souvenir de M\u00e9diterran\u00e9e. Ulysse allong\u00e9 sur la plage, un maillot trop petit de trois tailles, le ventre tendu vers le ciel comme une offrande au cosmos, Circ\u00e9 \u00e0 son c\u00f4t\u00e9, la peau grill\u00e9e et frip\u00e9e d&rsquo;ennui. Le mythe vole en \u00e9clats.<br>J&rsquo;aurais pu embarquer sur un bateau \u00e9quip\u00e9 pour les glaces et rejoindre l\u00e0-bas une station baleini\u00e8re, en G\u00e9orgie du Sud, l\u00e0 o\u00f9 le ciel tutoies l&rsquo;enfer. Je serais devenu un h\u00e9ros antarctique, ami des banquises.<br>Mais non\u00a0! \u00c0 quelques lettres pr\u00e8s, l&rsquo;\u00e9crasante banalit\u00e9 de la vie m&rsquo;a propuls\u00e9 dans une station baln\u00e9aire suintante de touristes. \u00c7a sent l&rsquo;huile solaire et la m\u00e9diocrit\u00e9. Ils marchent en victoire sur le quai bond\u00e9. Un ventre \u00e9norme pr\u00e9c\u00e8de un homme \u00e2g\u00e9, frip\u00e9 de pastis et d&rsquo;ennui avec au bout de sa main, comme une laisse de chair, une femme, mensonge de chirurgie esth\u00e9tique, la peau au bord de la rupture. Un chien anorexique, les yeux globuleux trottine devant une femme Botero, \u00e0 la d\u00e9marche grasse et tremblotante, surmont\u00e9e pourtant de deux yeux Bagheera, vestiges d&rsquo;une beaut\u00e9 \u00e9ph\u00e9m\u00e8re.Ils furent mon cauchemar le temps d&rsquo;un \u00e9t\u00e9, peuplant mon espace visuel, cr\u00e9atures \u00e0 la Brueghel, puant l&rsquo;inculture et le sexe de supermarch\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Alors je pioche \u00e0 nouveau dans le chaos m\u00e9moriel. La balan\u00e7oire des Buttes Chaumont. M\u00e9tallique, verte, parsem\u00e9e de coulures de rouille. Elle \u00e9tait l&rsquo;un des pics orgasmiques de ma petite vie. Je l&rsquo;attendais le week-end. L&rsquo;homme miniature que j&rsquo;\u00e9tais la fantasmait, la d\u00e9sirait.\u00c0 cinq ans, les gardiens de square me font peur, ils surveillent le bon alignement des chaises m\u00e9talliques et la virginit\u00e9 des pelouses interdites, le sifflet greff\u00e9 \u00e0 la bouche Mutil\u00e9s de guerre le plus souvent, leur vie bris\u00e9e r\u00e9compens\u00e9e par un emploi de gardien, ils font all\u00e9geance au pouvoir qui les a d\u00e9figur\u00e9s. Leurs gueules cass\u00e9es de cyborg me terrorisent mais je ne crains rien car mes parents me tiennent la main. Force de l&rsquo;Amour parental. C&rsquo;est si bon d&rsquo;\u00eatre petit. Leur paume chaude me permet de survoler la peur et d&rsquo;atteindre l&rsquo;enclos du Graal. D\u00e9j\u00e0, avant m\u00eame de voir l&rsquo;objet du d\u00e9sir, j&rsquo;entends le grincement des cha\u00eenes qui balancent et mon c\u0153ur se r\u00e9jouit. Elles ont la forme d&rsquo;une barque. J&rsquo;attends mon tour pour entamer le voyage. Dans le balancement, je deviens Capitaine Crochet, batelier de la Volga ou flibustier des Cara\u00efbes. Le vent, induit par la vitesse, cingle mes oreilles, devient ouragan et m&#8217;emporte dans une dimension insoup\u00e7onn\u00e9e. Je flotte dans l&rsquo;extase de mes cinq ans. Cette vieille carcasse rouill\u00e9e prend des allures de fr\u00e9gate, fend l&rsquo;air de sa proue d\u00e9voreuse d&rsquo;oc\u00e9an.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Aujourd&rsquo;hui j&rsquo;ai des centaines de madeleines en magasin, de quoi monter un stand de ces petites embarcations bossel\u00e9es et farineuses sur les march\u00e9s du souvenir. Proust peut se rhabiller, petit joueur. Mais de toutes, celle-ci fait partie de mon hit parade, pr\u00e9gnante et douce \u00e0 la m\u00e9moire.<br>Les souvenirs se m\u00e9langent, s&rsquo;entrechoquent, des plus vulgaires aux plus doux et sensibles. Des centaines de stimuli auditifs, visuels, olfactifs. La chaleur, le froid, une peau aux odeurs de cannelle, un sourire.<br>Ce soir, j&rsquo;\u00e9coute les Moody Blues, autre madeleine, plus sensuelle, au go\u00fbt de premier baiser. Mais, l\u00e0 \u2026 c&rsquo;est une autre histoire&#8230;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le chaos c\u00e9r\u00e9bral qui se joue de synapse en synapse, dans mes couloirs neuroniques ressemble un peu \u00e0 l&rsquo;arriv\u00e9e dans un bazar de jouets tenu par un prox\u00e9n\u00e8te infirme. Je fouille sans but pr\u00e9cis,&#46;&#46;&#46;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":215,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-214","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-textes"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/philipp-larsen.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/214","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/philipp-larsen.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/philipp-larsen.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/philipp-larsen.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/philipp-larsen.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=214"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/philipp-larsen.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/214\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":217,"href":"https:\/\/philipp-larsen.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/214\/revisions\/217"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/philipp-larsen.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/215"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/philipp-larsen.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=214"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/philipp-larsen.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=214"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/philipp-larsen.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=214"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}