{"id":249,"date":"2025-07-06T17:49:00","date_gmt":"2025-07-06T17:49:00","guid":{"rendered":"https:\/\/philipp-larsen.fr\/?p=249"},"modified":"2025-12-29T17:49:32","modified_gmt":"2025-12-29T17:49:32","slug":"linnocence-du-nounours","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/philipp-larsen.fr\/index.php\/2025\/07\/06\/linnocence-du-nounours\/","title":{"rendered":"L&rsquo;innocence du nounours"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"275\" height=\"183\" src=\"https:\/\/philipp-larsen.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/dauphine.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-250\" style=\"width:619px;height:auto\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au d\u00e9but des ann\u00e9es 60 mes parents avaient eu la hardiesse de briser le conformisme familial de leurs parents et de m&#8217;embarquer pour deux mois dans un p\u00e9riple qui peut sembler banal aujourd&rsquo;hui mais repr\u00e9sentait \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque une v\u00e9ritable aventure. Partir de Paris en Dauphine Renault (3 vitesses, 850 cc) rejoindre l&rsquo;Italie, Venise, Trieste et traverser la Yougoslavie de l&rsquo;\u00e9poque, pays communiste dirig\u00e9e d&rsquo;une main de fer par Tito. J&rsquo;aimais bien l&rsquo;id\u00e9e que le pr\u00e9sident s&rsquo;appelle Tito. Avec un tel nom, je n&rsquo;y voyais pas un dictateur mais plut\u00f4t un personnage de bande dessin\u00e9e dans la lign\u00e9e de Placid et Muzo ou Pluto. Cela dit, je ne suis pas certain que Tito faisait rire les petits enfants.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp; &nbsp;Au Nord de Jablanica en Bosnie-Herz\u00e9govine &#8211; dr\u00f4le comme certains noms sont grav\u00e9s dans la m\u00e9moire \u2013 nous dormons chez l&rsquo;habitant, une petite chambre de quelques m\u00e8tres carr\u00e9s sans porte, juste un rideau et un vieil \u00e9vier aliment\u00e9 par un robinet qui d\u00e9livrait son eau au goutte \u00e0 goutte. \u00c0 six ans, on se moque bien de l&rsquo;aspect politique des choses et on est surtout sensible \u00e0 la fa\u00e7on dont les adultes nous traitent. Nous regardons le monde \u00e0 hauteur de 115 cm \u00e0 \u00e9galit\u00e9 avec tous les enfants de m\u00eame hauteur, les ch\u00e8vres, les moutons, les \u00e9tals des march\u00e9s, les vitrines des marchands de jouets. Entour\u00e9s de mes deux protecteurs, je ne craignais rien et j&rsquo;ai du m&rsquo;endormir cette nuit l\u00e0 avec le sourire d&rsquo;un petit gar\u00e7on heureux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp; &nbsp;Le drame a \u00e9clat\u00e9 le lendemain. Nous descendons la vall\u00e9e de la Neretva jusqu&rsquo;\u00e0 Mostar (qui avait encore son pont d&rsquo;origine) par des gorges impressionnantes dont les versants offrent une v\u00e9g\u00e9tation nourrie, verte et dense. Neretva, le nom claquait comme lieu terriblement secret r\u00e9v\u00e9l\u00e9 dans un conte slave. Ce n&rsquo;\u00e9tait certes pas les Carpates du comte Dracula, Vlad \u00e0 la ville, mais quand m\u00eame. Assis sur la banquette arri\u00e8re, je guette. Je guette les ours car ils sont pr\u00e9sents dans cette r\u00e9gion, mes parents l&rsquo;ont lu. Alors je scrute cette v\u00e9g\u00e9tation myst\u00e9rieuse car je suis persuad\u00e9 que je vais en apercevoir un et j&rsquo;en fr\u00e9mis par avance. Mais d&rsquo;ours, nenni, et soudain, par association d&rsquo;id\u00e9es sans doute, je r\u00e9alise avec effroi que mon nounours, mon doudou, mon compagnon de toujours, mon poto, mon alter ego n&rsquo;est pas avec moi. Il est rest\u00e9 l\u00e0-bas, chez le logeur, endormi dans la microscopique chambre, les pattes pos\u00e9es sur un ventre poilu un peu d\u00e9form\u00e9 par sa d\u00e9j\u00e0 longue histoire. Une b\u00e9ance de d\u00e9sespoir s&rsquo;ouvre devant moi. J&rsquo;imagine le cas de conscience de mes parents qui voyageaient avec un budget tr\u00e8s serr\u00e9 sur des routes parfois \u00e0 peine carrossables, avec une essence difficile \u00e0 trouver. Cinquante kilom\u00e8tres nous s\u00e9paraient de mon ours, soit cent, aller-retour, \u00e7a faisait trop et mon p\u00e8re d\u00fb jouer le r\u00f4le du m\u00e9chant insensible et dire non. No nounours&nbsp;! Mes pleurs, ma terreur de l&rsquo;absence soudaine n&rsquo;y firent rien. Il resta inflexible malgr\u00e9 la supplique muette de ma m\u00e8re. Le pauvre papa devait en \u00eatre malade mais il tint bon et il continua jusqu&rsquo;\u00e0 Mostar.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp; &nbsp;Ce jour l\u00e0, j&rsquo;ai grandi, j&rsquo;ai eu ce sentiment d&rsquo;adulte de la perte, de l&rsquo;abandon. \u00c0 l&rsquo;or\u00e9e de mes \u00e9motions je suis, en quelques minutes, devenu une grande personne. Le reste du voyage ne serait plus le m\u00eame. J&rsquo;imaginais mon ours endormi se r\u00e9veiller dans cette maison inconnue, sans personne pour le serrer dans les bras. Il ne parlait m\u00eame pas la langue. Ce fut ma premi\u00e8re d\u00e9tresse, mon premier grand choc \u00e9motionnel. Pas de cellule psychologique pour d\u00e9briefer mais l&rsquo;Amour de mes parents qui firent leur maximum pour adoucir ma peine. Chaque jour de route m&rsquo;\u00e9loignait de mon ami et me pr\u00e9parait \u00e0 encaisser plus tard d&rsquo;autres douleurs, \u00e0 \u00eatre \u00ab&nbsp;r\u00e9silient&nbsp;\u00bb, comme ils disent, pour employer une terminologie tr\u00e8s tendance.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp; &nbsp;Plus tard, j&rsquo;en perdrai, des amis \u2013 mais l&rsquo;\u00e9taient-ils &#8211; qui se d\u00e9tourneraient ou me trahiraient, mais cet ami-l\u00e0, c&rsquo;est moi qui l&rsquo;avais abandonn\u00e9 dans son sommeil bosniaque et je ne l&rsquo;oublierai jamais. Il reste lov\u00e9 dans une petite turbulence de mon c\u0153ur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp; &nbsp;Au compas des \u00e9motions, j&rsquo;avais perdu mon cap, j&rsquo;avais perdu mon ami et peu importe qu&rsquo;il fut en peluche car je lui avait insuffl\u00e9 une \u00e2me. Y-a-t-il un paradis des ours en peluche&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Au d\u00e9but des ann\u00e9es 60 mes parents avaient eu la hardiesse de briser le conformisme familial de leurs parents et de m&#8217;embarquer pour deux mois dans un p\u00e9riple qui peut sembler banal aujourd&rsquo;hui mais&#46;&#46;&#46;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":250,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-249","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-textes"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/philipp-larsen.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/249","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/philipp-larsen.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/philipp-larsen.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/philipp-larsen.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/philipp-larsen.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=249"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/philipp-larsen.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/249\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":251,"href":"https:\/\/philipp-larsen.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/249\/revisions\/251"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/philipp-larsen.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/250"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/philipp-larsen.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=249"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/philipp-larsen.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=249"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/philipp-larsen.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=249"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}