{"id":261,"date":"2025-11-15T18:38:00","date_gmt":"2025-11-15T18:38:00","guid":{"rendered":"https:\/\/philipp-larsen.fr\/?p=261"},"modified":"2025-12-29T18:39:09","modified_gmt":"2025-12-29T18:39:09","slug":"histoire-sans-gravite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/philipp-larsen.fr\/index.php\/2025\/11\/15\/histoire-sans-gravite\/","title":{"rendered":"Histoire sans gravit\u00e9"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"639\" height=\"422\" src=\"https:\/\/philipp-larsen.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/cosmos.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-262\" srcset=\"https:\/\/philipp-larsen.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/cosmos.jpg 639w, https:\/\/philipp-larsen.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/cosmos-300x198.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 639px) 100vw, 639px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le bus s&rsquo;arr\u00eate en un soupir hydraulique, s&rsquo;agenouille avec d\u00e9f\u00e9rence pour me laisser monter. Les portes se referment en soufflant leur peine \u00e0 l&rsquo;instar d&rsquo;une vieillarde phtisique. Je m&rsquo;assieds. Je ferme les yeux. J&rsquo;imagine la m\u00e9canique c\u00e9leste comme mon paradigme. Et si la vie \u00e9tait un long voyage dans les profondeurs du cosmos. Et si, sans s&rsquo;en rendre compte on la traversait \u00e0 la vitesse d&rsquo;un ast\u00e9ro\u00efde. Et si nos corps projet\u00e9s dans la vie r\u00e9pondaient aux lois cosmiques, \u00e0 l&rsquo;astrophysique. Trajectoire, attraction, silence du vide, apesanteur, trous noirs, plan\u00e8tes froides ou br\u00fblantes, gazeuses. Troublantes similitudes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le casque sur les oreilles, sous perfusion d&rsquo;une musique a\u00e9rienne, je m&rsquo;autorise un saut quantique et projette chacun de mes atomes dans l&rsquo;inconnu interstellaire. Le bus et ses passagers ont disparu. Je suis seul, flotte dans une nuit profonde mais parsem\u00e9e de millions de lumi\u00e8res, telle une haie de lucioles qui c\u00e9l\u00e9brerait ma lib\u00e9ration dans une chaude nuit d&rsquo;\u00e9t\u00e9. Le temps est suspendu et je m&rsquo;installe dans la pr\u00e9gnante perception de mon histoire. Se fondre dans le vide cosmique sans temps et sans distance me procure une sensation indicible, au-del\u00e0 du plaisir et de la souffrance et de cette dualit\u00e9 simpliste qui est la n\u00f4tre. \u00c9trange voyage. Improbables rencontres qui n&rsquo;ont que faire de la chronologie et de l&rsquo;espace. Je croise les pauvres gens de Steinbeck entass\u00e9s sur un vieux camion d\u00e9glingu\u00e9 au bout de sa vie. Ma prof de lettres de coll\u00e8ge est assise avec eux. Cela ne m&rsquo;\u00e9tonne pas, c&rsquo;est elle qui m&rsquo;a fait d\u00e9couvrir \u00ab&nbsp;Les Raisins de la Col\u00e8re&nbsp;\u00bb et la puissance cach\u00e9e de l&rsquo;\u00e9criture. Puis l&rsquo;obscurit\u00e9 \u00e0 nouveau et la sensation de s&rsquo;engouffrer dans un tube qui acc\u00e9l\u00e8re mon d\u00e9placement. Je crois sentir des mains qui me caressent au passage. Elles sont comme un souffle chaud et bienveillant sur ma peau. Mes parents apparaissent, pos\u00e9s sur rien, ils se tiennent la main, soud\u00e9s dans une \u00e9ternelle et pudique \u00e9treinte. Je n&rsquo;ai pas le temps de leur faire un signe qu&rsquo;ils ont d\u00e9j\u00e0 disparu. Ils ne m&rsquo;ont pas vu. Je croise des objets c\u00e9lestes aux reflets orang\u00e9, des com\u00e8tes feux de Bengale, des amas globulaires, des constellations g\u00e9om\u00e9triques, puis longe une sorte de quai de gare fait de lignes lumineuses et peupl\u00e9 de silhouettes align\u00e9es. Malgr\u00e9 la vitesse vertigineuse je reconnais des visages au passage, ceux qui ont \u00e9t\u00e9 sur mon chemin \u00e0 un moment ou un autre. Le vide ensuite, le vide absolu, noir et profond, insondable.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une forme \u00e9vanescente appara\u00eet alors, s&rsquo;approche, s&rsquo;\u00e9loigne, me guide et me conduit vers un rivage qui se mat\u00e9rialise petit \u00e0 petit. J&rsquo;arrive sur une plage de sable bleu. Des vagues aux cr\u00eates polies et arrondies y meurent sans heurt et sans m\u00eame mouiller le sable. Je m&rsquo;y assieds. La forme est l\u00e0, tout pr\u00e8s de moi et je la reconnais. Elle est mon pass\u00e9 amoureux, mon \u00e9moi adolescent, mes joies sentimentales cumul\u00e9es. La f\u00e9minit\u00e9 fantasm\u00e9e, po\u00e9tis\u00e9e, fragile et pure comme un cristal. Sa pr\u00e9sence me procure imm\u00e9diatement un bien \u00eatre infini. Mes mains s&rsquo;enfoncent dans le sable bleu et chaud et le p\u00e9trissent \u00e0 l&rsquo;envi. Je laisse glisser les grains entre mes doigts. Une brise ti\u00e8de se l\u00e8ve et caresse mon visage. J&rsquo;ai soudainement le d\u00e9sir d&#8217;embrasser le vent.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp; &nbsp;Le coup de klaxon me surprend. J&rsquo;essaie de faire ami-ami avec mon int\u00e9rieur et de me r\u00e9aligner avec l&rsquo;environnement si prosa\u00efque qui s&rsquo;impose brusquement \u00e0 moi. Le bus est bloqu\u00e9 dans la rue \u00e9troite et le chauffeur nous fait descendre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En me levant, machinalement, du dos de la main, j&rsquo;\u00e9poussette des grains de sable tomb\u00e9s de ma poche qui forment une minuscule colline bleue sur mon si\u00e8ge.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le bus s&rsquo;arr\u00eate en un soupir hydraulique, s&rsquo;agenouille avec d\u00e9f\u00e9rence pour me laisser monter. Les portes se referment en soufflant leur peine \u00e0 l&rsquo;instar d&rsquo;une vieillarde phtisique. Je m&rsquo;assieds. Je ferme les yeux. 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