{"id":363,"date":"2026-05-18T16:50:27","date_gmt":"2026-05-18T16:50:27","guid":{"rendered":"https:\/\/philipp-larsen.fr\/?p=363"},"modified":"2026-06-18T07:22:39","modified_gmt":"2026-06-18T07:22:39","slug":"koi-no-yokan","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/philipp-larsen.fr\/index.php\/2026\/05\/18\/koi-no-yokan\/","title":{"rendered":"Estampe"},"content":{"rendered":"<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"768\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/philipp-larsen.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/ChatGPT-Image-18-mai-2026-18_45_09-768x1024.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-364\" style=\"aspect-ratio:0.750013316997816;width:314px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/philipp-larsen.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/ChatGPT-Image-18-mai-2026-18_45_09-768x1024.png 768w, https:\/\/philipp-larsen.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/ChatGPT-Image-18-mai-2026-18_45_09-225x300.png 225w, https:\/\/philipp-larsen.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/ChatGPT-Image-18-mai-2026-18_45_09.png 1086w\" sizes=\"auto, (max-width: 768px) 100vw, 768px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Longtemps j&rsquo;ai h\u00e9sit\u00e9, tergivers\u00e9, atermoy\u00e9, repouss\u00e9 ce moment de m&rsquo;adresser \u00e0 vous. Peut-\u00eatre n&rsquo;avez-vous aucun souvenir de ce voyage en train \u00e0 destination d&rsquo;Osaka. Assise en face de moi vous lisiez avec application, abrit\u00e9e derri\u00e8re une frange de geai qui devenait un temple intime, une digue \u00e0 \u00e9carter les importuns.<br>Le Shinkansen glissait \u00e0 grande vitesse, porteur d&rsquo;une \u00e9ph\u00e9m\u00e8re rencontre, silencieuse. Vous lisiez en anglais et une profonde \u00e9motion me percuta lorsque je pus lire le titre de l&rsquo;ouvrage \u00ab&nbsp;For Whom the Bell Tolls&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Pour qui sonne le glas&nbsp;\u00bb d&rsquo;Ernest Hemingway. L&rsquo;un de mes romans pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s. Et pr\u00e9cis\u00e9ment celui que j&rsquo;avais pos\u00e9 sur le si\u00e8ge \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi.<br>J&rsquo;\u00e9tais fascin\u00e9 et \u00e9mu par cette co\u00efncidence qui ne pouvait \u00eatre le fruit du hasard, \u00e0 moins que celui-ci ne fut espi\u00e8gle.<br>Quelque chose devait se passer. Il ne pouvait en \u00eatre autrement. Le train ralentit dans un feulement f\u00e9lin et votre regard quitta votre ouvrage et se posa sur mon exemplaire, frip\u00e9 de voyage et affal\u00e9 sans retenue sur le tissus gris.<br>Alors, votre regard marqua un \u00e9tonnement qui battit des records dans l&rsquo;histoire des \u00e9tonnements pudiques.Vous avez lev\u00e9 les yeux vers moi et en moins d&rsquo;une seconde nous v\u00e9c\u00fbmes mille ans. Par discr\u00e9tion, mon c\u0153ur s&rsquo;\u00e9tait arr\u00eat\u00e9, en suspension.<br>Vous avez battu l\u00e9g\u00e8rement des cils et esquiss\u00e9 un sourire aussi l\u00e9ger qu&rsquo;un cirrus d&rsquo;altitude.<br>Une br\u00e8che s&rsquo;est alors ouverte dans l&rsquo;air qui nous s\u00e9parait. La structure du train qui nous enveloppait s&rsquo;est estomp\u00e9e, nous laissant seuls au milieu d&rsquo;une for\u00eat aux troncs immenses et droits pointant le soleil qui jouait dans la canop\u00e9e.<br>Nous avons march\u00e9 sur un chemin \u00e9troit adouci par la mousse jusqu&rsquo;\u00e0 une clairi\u00e8re surplombant un lac. Une l\u00e9g\u00e8re ris\u00e9e balayait la surface pourpre. Nous nous sommes assis sur l&rsquo;herbe \u00e9paisse et douce. Pas un mot ne fut \u00e9chang\u00e9 car le langage \u00e9tait celui de l&rsquo;\u00e9motion pure. Apr\u00e8s un temps sans mesure, vous m&rsquo;avez gliss\u00e9 dans la main un petit bracelet que vous avez tress\u00e9 avec les herbes hautes. Je l&rsquo;ai enfoui dans ma poche.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J&rsquo;ai ferm\u00e9 les yeux et ai senti la brume qui se refermait sur moi et m&rsquo;entourait comme une liane.Je ne me rappelle de rien d&rsquo;autre.<br>Dans un glissement doux, vous \u00eates descendu avant Osaka pour vous fondre dans le temps.<br>Pourtant, vous faites d\u00e9sormais partie de mon histoire \u00e9motionnelle. Je crois avoir v\u00e9cu le Koi No Yokan, cette pr\u00e9monition sentimentale, en dehors de toute rationalit\u00e9.<br>Arriv\u00e9 \u00e0 Osaka, je suis descendu du train. J&rsquo;ai remont\u00e9 le quai \u00e0 pas lents. En glissant la main dans ma poche, un petit objet mou a fait obstacle. Dans ma paume, un petit bracelet en herbe tress\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Longtemps j&rsquo;ai h\u00e9sit\u00e9, tergivers\u00e9, atermoy\u00e9, repouss\u00e9 ce moment de m&rsquo;adresser \u00e0 vous. Peut-\u00eatre n&rsquo;avez-vous aucun souvenir de ce voyage en train \u00e0 destination d&rsquo;Osaka. 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